Petites histoires de la ville 3
Un homme très populaire de la ville des Gonaives assistait à un match de football opposant l’équipe des Gonaives à celle du Cap-Haitien. Le reporter de Radio Trans Artibonite disait que l’équipe Gonaives a gagné le match de justesse. Le monsieur populaire était assis près du reporter. Comme il aimait beacoup la langue francaise a voulu expliquer à un ami qui n’était pas présent au Parc Vincent. Mon ami Pierrot, tu sais l’équipe des Gonaives a gagné le match de tristesse. –
Dans les années 50, le carnaval était une période de réjouissance et d’activités économiques aux Gonaives. De jour comme de nuit, les bandes traditionnelles telles que la Branche Aimable, la Reine St Rose, Tana et Tato permettaient à toutes les couches de la société gonaivienne de se défouler dans une ambiance frénétique et survoltée. Le samedi soir, les maris plaquaient leurs épouses pour aller se marier à des femmes des quartiers populaires. Ces dernières, éclatantes de fraîcheur, étaient toujours aussi accueillantes au milieu de la foule des danseurs qui se pressaient autour des musiciens de la Branche Aimable et de la Reine St Rose. Le mariage n’était autre qu’une danse lascive qui sera récompensée par un sandwich aux poissons bourrés d’une salade arrosée par une sauce piquante (Salaise).
Les couturières, les marchandes de “salaises”, de pistache grillé, les charpentes tiraient des profits en cette periode carnavalesque.
A coté des groupes qui évoluaient les samedi et dimanche soirs, deux autres bandes Tana et Tato faisaient trémousser les jeunes gens des deux sexes les dimanches après midi pendant la période carnavalesque. Le blanc et le rouge identifiaient les supporters de Tana. Le vert et le jaune pour les fans de Tato. A l’approche des jours gras, ces groupes se rivalisaient. Chaque groupe se distinguait par leur créativité, leur spontanéité à taquiner le groupe rival par des chansons parfois improvisées dénonçant les méfaits, les us et coutumes des gens de cette ville. Une année, les responsables de Tana firent le voyage jusqu à Port-au-Prince où ils prirent l’avion pour revenir à temps pour l’ouverture des festivités carnavalesques des trois jours gras. Ils voulaient monter à la bande rivale Tato que les responsables de Tana furent des gens de grand “palto”, de grand “chire pitt”. La délégation de Tana, présidée par son président Solon Jean Baptiste, débarquât dans un petit avion sur le terrain de l’Aviation au haut de la rue Clerveaux sous les applaudissements des membres et fans déguisés en couleur banc et rouge. Dans un concert de klaxons et sous les vivats de la foule massée sur tout le parcours, la délégation de Tana dirigée par le président Solon Jean Baptiste fit son entrée en ville. Les badauds qui se comptaient par milliers dans ce brouhaha indescriptible chantèrent à tue tête: Présidan Solon kaka nan “avyon”. C’était, peut être une réplique ou une stratégie utilisée par la bande rivale Tato pour banaliser le spectacle éloquent présenté par le groupe carnavalesque Tana. Le nom La Branche Aimable fut donné en l’honneur du Président Fabre Geffrard qui se mettait à l’abri comme opposant dans la localité dénommée Souvenance (nom donné à cette localité en souvenir de Geffrard). Pour marquer le passage de Geffrard (la famille Legros était un allié de celui-ci) on donne le nom du groupe carnavalesque la branche Aimable de Geffrard. Le nom St Rose vient d’une grande Dame de Léogane qui fut membre de l’Etat major de la Branche Aimable qui abandonna le groupe pour aller former le groupe rival. Elle a donné le nom St Rose en l’honneur du Saint Patron de Léogane : Saint Rose de Lima. A coté des activités carnavalesques qui firent des Gonaives, une ville autrefois accueillante et la beauté captivante des femmes gonaiviennes et leur don en Art culinaire, de nombreuses familles du Sud, de l’Ouest et du Nord venaient s’établir aux Gonaives.